De Bapaume, je savais qu’elle était située à 30 minutes d’Arras sur un axe de communication stratégique qui remonte à l’Antiquité. Au Moyen-Âge, c’était une étape clé pour rejoindre la Flandre. C’est ici que Philippe Auguste et Isabelle de Hainaut célébrèrent leur mariage en 1180. Rayée de la carte en 1917, la capitale du Sud-Artois fut reconstruite dans l’entre-deux-guerres. Aujourd’hui, ses héros, son beffroi, les traces de son donjon, et son église font sa grandeur.

Héros et beffroi

C’est le Général Faidherbe en personne qui m’accueille place Sadi-Carnot. Le vainqueur de la Bataille de Bapaume (1871), rien que ça !

Bapaume, terre de grands hommes ? Il faut le croire. Car l’instant d’après, mon regard croise ceux de Raoul Briquet et d’Albert Tailliandier. Les deux députés trouvèrent la mort dans l’explosion de l’Hôtel de ville en mars 1917. Dans leur fuite, quelques heures plus tôt, les Allemands avaient déposé une bombe à retardement en guise d’adieux. En pénétrant dans l’Hôtel de ville, je salue maintenant Abel Guidet, député-maire de Bapaume (1929/44).

Redoutable dans la fabrique de faux papiers, ce grand résistant finit ses jours dans le camp de Gross Rosen en Allemagne. Mais son urne funéraire trône bel et bien dans le hall de l’Hôtel de ville. Celle-ci est remplie de terre ramenée de Gross Rosen et non pas de cendres. Quant à l’Hôtel de ville, imposant bâtiment identifiable à son beffroi carré qui culmine à 55 mètres, il fut reconstruit à l’aube des années 30′ à l’emplacement de de la construction d’origine du 17e siècle. Mélange de briques et de pierres, cet ensemble est d’inspiration flamande.

Aujourd’hui, on y accueille des spectacles et on peut en faire le tour en empruntant le chemin de ronde qui domine les anciens fossés. Sous mes pieds, la partie immergée de l’iceberg dissimule quant à elle des souterrains du 16e siècle. Décidément, cette petite ville de 4000 habitants a plus d’un atour dans son sac. Ma promenade me mène ensuite à l’église Saint-Nicolas. Comme la plupart des monuments de Bapaume, elle fut détruite au cours de la Première Guerre mondiale.


« Comme la plupart des monuments de Bapaume, elle fut détruite au cours de la Première Guerre mondiale. »

Sa façade est surmontée d’une tour, elle-même auréolée d’un dôme et d’une petite flèche. Si comme le beffroi, elle fut construite en briques et en pierres blanches, elle comporte deux autres matériaux modernes pour l’époque : le béton et la brique creuse. Mais Saint-Nicolas est surtout réputée pour sa statue de Notre-Dame de Pitié. Celle-ci a en effet échappé à tous les pillages depuis la Révolution française. Une miraculée.

Puis je file rue de la Liberté voir les maisons « Sheffield »  financées par la cité anglaise pour accueillir des veuves de la Première Guerre. Mais la palme de la générosité revient au britannique George Lawrence. Le riche industriel spécialisé dans la fabrication de rasoirs a permis la construction d’une crèche rue Lequette. Aujourd’hui, elle abrite le musée de la Société archéologique de Bapaume, où se trouve une mine d’objets allant de la préhistoire à la Grande Guerre.

Bapaume, en pratique