À Neuville-Saint-Vaast, le Monument des Fraternisations est une étape incontournable sur les Chemins de mémoire de la Grande guerre. Inauguré en 2015, il est né du vœu du caporal Louis Barthas, qui fraternisa ici en 1915. Un symbole fort d’humanité, une œuvre universelle et intemporelle.

Les fraternisations, une histoire oubliée

Pour comprendre les fraternisations, il faut avoir en tête le contexte atroce des hivers 1914 et 1915.

Depuis le début de la guerre, les soldats français et allemands sont enterrés dans les tranchées, ennemis face à face, sur la ligne de front. Épuisés par le froid et les combats, englués dans la boue des tranchées, ces hommes fraterniseront. Des milliers de trêves de quelques heures ou quelques jours ont ainsi lieu à Noël, de la Belgique jusqu’à l’Alsace. On chante, on s’échange du tabac, des boissons. Ces moments d’humanité seront censurés, volontairement oubliés.

Louis Barthas, un témoin majeur

Ce tonnelier de 35 ans, originaire de l’Aude vit la « trêve de la boue » le 10 décembre 1915, ici en Artois où passe la ligne de front. Caporal, il subit la violence de la guerre.

De retour, il écrit à partir de ses notes ce qu’il a vécu au jour le jour. Les « Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier 1914-1918 », édités en 1978, marquent un tournant dans l’historiographie de la Grande Guerre. Dans ce récit authentique, il raconte cet épisode de fraternisation, accompagné d’un vœu de reconnaissance de cet élan d’humanité, courageux et fraternel.


« Qui sait ! Peut-être un jour sur ce coin de l’Artois on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient l’horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entretuer malgré leur volonté. » Louis Barthas.

La naissance du monument

Il faut attendre plus d’un siècle pour que ce vœu soit exaucé. Le réalisateur Christian Carion, originaire de l’Artois, met à l’écran les fraternisations avec le film « Joyeux Noël » en 2005.

C’est un immense succès. Le cinéaste a l’envie farouche de réaliser ce monument souhaité par Barthas, sans y parvenir. En 2014, au début des commémorations du Centenaire de la Grande Guerre, il écrit une tribune à ce sujet, publiée dans Le Monde, qui trouve écho chez Philippe Rapeneau alors Président de la Communauté Urbaine. L’histoire est en marche et le monument sera inauguré par François Hollande le 17 décembre 2015.

Le Monument des Fraternisations vu par Christian Carion, Réalisateur de « Joyeux noël »


« Les fraternisations sont entrées dans l’histoire officielle de la Grande Guerre en décembre 2015, lorsque le Président François Hollande est venu inaugurer le Monument des fraternisations à Neuville-Saint-Vaast. C’était mon objectif, depuis que j’avais découvert à quel point tout avait été fait pour que ces événements ne soient pas connus du grand public.
Sans le film « Joyeux Noël », puis la volonté de Philippe Rapeneau (Président de la Communauté Urbaine d’Arras de 2011 à 2018), rien n’aurait été possible. On enseigne à nos enfants aujourd’hui l’incroyable Noël 1914 comme un fait parmi tous ceux qui eurent lieu durant cette effroyable guerre. Le caporal Barthas, qui imagina le monument du fond de sa tranchée, souhaitait qu’on n’oublie pas le courage du geste fraternel. Ce témoignage d’humanité parle à chacun de nous, aujourd’hui comme hier. C’est ce qui le rend précieux. »

Il jouxte la Nécropole nationale de la Targette et ses 11 500 soldats français inhumés témoignant de la violence des combats entre 1915 et 1917. Juste à côté, La Targette British Cemetery, et au loin, la Nécropole militaire allemande de la Maison Blanche et ses 45 000 soldats, la plus grande nécropole allemande de France. Les trois principaux bélligérants sont représentées. D’ici, vous apercevez les tours de l’abbaye du Mont Saint-Eloi.

Cette invitation contemporaine et esthétique à entrer dans l’histoire, réalisée par l’Atelier Sensomoto, est complétée par une immersion extrêmement réaliste grâce a une machine à remonter le temps : le Timescope. On plonge littéralement au cœur de cette journée du 10 décembre 1915, avant de prendre de la hauteur pour découvrir les grands sites de mémoire de l’Artois.