Propriétaire du château de Barly avec Didier Cramoisan depuis 2001, Bernard Dragesco entretient une relation charnelle avec ce joyau du néo-classicisme à la française. Antiquaire spécialisé dans la porcelaine française du XVIIIe, il revient sur cette passion sans cesse ravivée comme on tisonne le feu sacré d’un âtre marbré de style Louis XVI.

Le château de Barly est un peu tombé du ciel ?

« Je me considère comme un bénéficiaire qui a le devoir de transmettre aux générations futures. Sans rien casser, de préférence… »

Une fois revenu « sur terre », quelles furent vos premières impressions ?

« C’est là, en bas, que je suis réellement tombé de haut. Ne m’étant jamais vraiment rendu dans les Hauts-de-France, j’entretenais la caricature, persuadé qu’il y avait un terril au bout du parc ! En réalité, la maison est posée dans un écrin magnifique lui-même lové dans une région éblouissante. Ça n’a pas échappé à mon œil d’historien d’art.  »

Le Bernard Dragesco de dix ans y aurait-il été aussi sensible ?

« Oui. Très tôt, ma mère, à qui je dois la passion des arts, m’a emmené dans les plus grands musées parisiens, m’a fait découvrir les prestigieux châteaux de la Loire.

Mais déjà à l’époque, quelque chose clochait : ces belles demeures étaient glaciales. Je le ressentais. C’est en Angleterre que j’ai su qu’on pouvait les habiter. Chatsworth House, Burghley House : j’ai eu l’impression d’arriver au paradis !  »

Vous étiez dans votre élément.

« Qui peut être impassible face à la beauté ? Pas moi en tout cas. Je suis resté six ans comme professeur de Français à Cambridge, puis dans le Leicestershire, en pleine campagne à deux-cents kilomètres au nord de Londres. Je voulais devenir conservateur de musée. Finalement, je tiens une galerie d’Antiquité dans le 7e arrondissement de Paris depuis 1981. Vingt ans plus tard, j’achetais cette maison.  »

Vous dites « maison » pour château. Pourquoi ?

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Vindicien-Antoine Blin de Barly et son fils Jean-Vindicien n’avaient pas beaucoup de moyens. On le voit à de petits détails. Par exemple, il n’y a qu’une double porte dans toute la maison. »

« Et regardez les rambardes de l’escalier principal : elles n’ont pas été peintes à l’intérieur par souci d’économie. J’ai ce même profond respect pour les artisans et leur œuvres qui font vivre ces lieux : les fauteuils estampillés Jean-Baptiste Boulard, le secrétaire réalisé par Jean-François Leleu, le buste d’Augustin Pajou dans le Salon d’entrée. Ces personnes nous parlent. »

« La maison est posée dans un écrin magnifique lui-même lové dans une région éblouissante. Ça n’a pas échappé à mon œil d’historien d’art. »

Un autre nom revient souvent : Arthur Duhem. Qui est cet homme ?

« Un self-made-man, vice-président de la Chambre de commerce de Lille. Il achète le domaine en 1914… Qui est transformé en hôpital-militaire franco-britannique durant le conflit.

Le Salon de Compagnie devient salle d’opérations. Après la Grande Guerre, il se consacre à la restauration du domaine. Notamment le bassin de la Cour d’honneur et le miroir d’eau. »

Le château ne croule pas sous les bibelots. Est-ce parce qu’un nouvel objet en chasse toujours un autre ?

Juste à côté du service à thé en porcelaine de Sèvres (1785) que je me suis procuré au cours d’une vente aux enchères à New-York en 2005. Rien n’est voué au hasard. Même si Internet a bouleversé le métier d’antiquaire, seule la vérité artistique compte. »

Le puzzle sera-t-il terminé un jour ?

« Jamais ! D’ailleurs, je ne suis que de passage à Barly. Je me considère comme un bénéficiaire qui a le devoir de transmettre aux générations futures. Sans rien casser, de préférence… »

Le château de Barly en pratique

  • 6, rue de l’Égalité – 62 810 Barly
  • Tél. : 03 21 48 41 20.
  • Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 13 h à 19 h, du 1er juillet au 16 août inclus.
  • Tarif : 7 € / 6 € (groupe) / 3,5 € (- 18 ans) / gratuit (- 10 ans).