Arras ne serait pas Arras sans son « Bleu ». Cette spécialité de décoration sur porcelaine est unique dans les Hauts-de-France, et au-delà. Christelle Perrier, installée sur la Place des Héros est le seul artisan à perpétuer ce savoir-faire, né au 18e siècle. Rencontre avec une passionnée.

Un art vivant

La façade, au n° 32 de la Place des Héros, donne le ton.
Ici, c’est le royaume du Bleu d’Arras.

Services, lampes, vases et objets de décoration : les vitrines exposent des trésors délicats. Au fond de la boutique, Christelle peint. Sous les yeux des visiteurs naissent ces motifs de guirlandes, palmettes, brindilles et fleurs, qui ont fait la réputation de la ville.

« Je défends un patrimoine, un savoir-faire, une exclusivité. Quand les gens me voient peindre, ils sont émerveillés. »

Arras à l’heure bleue

« L’histoire du Bleu d’Arras commence en 1770 avec les sœurs Delemer », explique Christelle.

Collection de porcelaines au Bleu d’Arras au Musée des Beaux Arts d’Arras

Elles sont quatre, et créent une fabrique de porcelaine qui compte jusqu’à 20 personnes. Leur source d’inspiration ? Les décors de Tournai et de Chantilly. L’aventure durera vingt ans, suffisamment pour tailler à la ville une réputation fondée sur la finesse, la qualité et la diversité des formes et des décors imaginés.

« Vous pouvez découvrir une magnifique collection de ces chefs-d’œuvre, au musée des Beaux-Arts d’Arras, dans l’Abbaye Saint-Vaast », conseille Christelle.

Un savoir-faire en héritage

« Puis la manufacture a fermé en 1790, faute d’héritiers, et la technique fut perdue deux siècles durant.

Dans les années 1960, Henri Caudron retrouve la recette, et fait revivre la porcelaine d’Arras. C’est chez lui et auprès d’artisans portugais que mon prédécesseur, Maurice Segard, connu de tous les Arrageois, s’est formé », explique Christelle. 30 ans durant, il fait vivre cette tradition séculaire et il y a encore un an et demi, il désespère de trouver la perle rare, capable d’acquérir cet art délicat de pure tradition arrageoise.

Un nouveau souffle

C’était compter sans la bourguignonne Christelle Perrier, et une bonne dose de hasard.

« Formée à la l’école Olivier-de-Serres à Paris, j’ai enseigné plus de 10 ans les arts du feu en lycée professionnel, à Dijon et Paris. C’est en suivant mon époux, originaire de Béthune, que j’ai découvert par hasard cette boutique. Il n’y a pas d’école pour apprendre la technique et les motifs du Bleu d’Arras. Maurice Segard m’a transmis son savoir. Que je perpétue cet artisanat d’art unique, oui cela touche beaucoup de gens. »

Les porcelaines que je vais chercher à Limoges, une fois peintes, sont cuites en grand feu, 6 heures, à 1300°C. » Directement avec une plume métallique, ou à l’aide de poncifs anciens, Christelle esquisse les lignes et les courbes.

« Je veux mettre le Bleu d’Arras à la portée de tous. Réveiller la tradition et innover. »

Il existe une quarantaine de décors typiques du 18e siècle, dont le célèbre motif local « Monsieur de Calonne », inspiré de la dentelle qui ornait le jabot de cet intendant d’Artois ! Puis elle apporte du relief au dessin à l’aide d’un fin pinceau. Sa main experte n’hésite pas une seconde. Vous verrez, c’est un vrai spectacle.

Le Bleu d’Arras en pratique

  • Au Bleu d’Arras, 32 Place des Héros, 62000 Arras
  • Tél. : 03.21.71.17.88